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Du miel aux épices d'Istanbul...

vendredi 23 novembre 2007

Sucuk et sang chaud

Ce matin, alors que j’étais plongée dans la lecture de “Relax : Le pouvoir de l’humour pour vaincre le stress”, une grosse voix a brisé ma concentration et j'ai sursauté alors que j'étais assise au fond du bus. Un homme planté à quelques mètres de moi, debout dans l’autobus, a commencé à sermonner le chauffeur. Bien sûr, le bus était plein, alors cet homme a crié de plus belle afin de se faire entendre dans ce brouhaha.

Page 110 : “Apprenez à vous détendre, Laisser tomber certaines choses”.

- "Chauffeur, qu’est-ce que tu attends là ?! Mais démarre !! ”.
L’homme semblait déjà sorti de ses gongs, parce que le chauffeur attendait que tous les gens soient montés dans le bus pour redémarrer. Il n’allait quand même pas fermer ses portes brusquement en tranchant les gens comme des rondelles de sucuk (sorte de chorizo turc). Avec son pardessus en cuir et son mètre quatre vingt, il a fait don à tout le bus de sa voix colérique. Quel bonheur de bon matin de se faire crier dans les oreilles. J’adore ça, pas vous ?


Boutique de sucuk, miel et pastirma

Page 114 : “Si vous agissez comme un martyr, vous devez être honnête avec vous-même. Un martyr déprime tout un bureau, un groupe social ou une famille.”

Plus le bus attendait (que quelques minutes en fait), plus l’homme s’époumonait. Il s’est ensuite produit l’irrévocable, le chauffeur a répondu à cette boule de nerf ambulante. Erreur fatale, début des hostilités.
N’oublions pas qu’en Turquie plus qu’ailleurs, les hommes ont leur honneur et le sang chaud. Très chaud. Une voiture qui démarre trop tard au feu vert, un petit coup de frein malheureux, une attente un peu trop longue et c’est tout de suite la catastrophe. En un quart de tour, les hommes s’excitent, ils veulent prouver leur virilité et sauver leur fierté. Et hop, on s’arrête dans la rue, on sort de la voiture, les gros mots proliférent, les coups de poing volent dans les airs. La castagne trouve chaque jour de nouveaux adeptes en Turquie… Et pas seulement dans le clan des hommes, certaines femmes sont en effet pires que ces messieurs pour se crêper le chignon.

Page 54 : “La vie devient insupportablement stressante quand vous portez des jugements erronés sur le monde qui vous entoure.”

Mais revenons à notre martyr du matin. Il a continué son monologue, en traitant le chauffeur d’Aptal (nigaud) et d’autres petits noms d’oiseaux tout aussi charmants. Le chauffeur a répondu bien sûr de l’autre côté du bus, alors que le grand type musclé criait “Bakma, Bakma” (ne me regarde pas) ! Et ne pouvant plus retenir son acrimonie, il s’est avancé en direction du chauffeur, il voulait lui refaire le portrait sans aucun doute, mais heureusement que la foule l’a stoppé net dans son élan dévastateur. Puisqu’il ne s’arrêtait pas de réciter des injures, certaines personnes lui ont fait signe de la mettre en veilleuse et le monstre s’en est alors pris aux personnes qui l’entouraient. J’étais sur le point de crier “sus ya yeter” ("sousse" : tais toi, "yétér" : ça suffit) et de lui envoyer mon livre sur le stress en pleine figure mais je n'en fis rien.

Page 116 : Quand le pression est trop grande, respirer doucement, fermez les yeux et imaginez un ciel bleu.

Heureusement, pas de blessés dans l’autobus, l’homme est finalement descendu à son arrêt.

Des scènes comme ça, j’en ai vu plein depuis que je vis en Turquie. Les gens font sans arrêt des commentaires à voix haute. Un jour, c’est au sujet de l’augmentation des tickets de bus, un autre c’est parce que la voiture de devant a freiné brusquement. La colère monte vite, les turcs démarrent au quart de tour. Heureusement que dès qu’un incident arrive, les gens interviennent rapidement et séparent les énergumènes qui se matraquent aux yeux de tout le monde dans la rue.

Bref, gérer son stress n’est pas à la portée de tout le monde ici. Heureusement qu’en Turquie il n’y a pratiquement pas de grève, sinon je crois les hôpitaux connaîtraient un pic énorme de fréquentation !

vendredi 9 novembre 2007

Force de vente

Ma famille est dans la vente depuis plusieurs générations. Aussi, depuis que je suis petite, j'ai baignée dans cette atmosphère de soldes, d'ouverture-fermeture des magasins, accueil des clients, prospection, etc. Moi qui pensais connaître toutes les combines pour faire vendre, je me suis rendue compte - une fois débarquée en Turquie - que j’avais encore beaucoup de choses à apprendre ! Tous ceux qui ont mis les pieds dans une boutique à Istanbul, en dehors du Grand Bazar, savent de quoi je parle. Il existe ici une force de vente interne aux méthodes particulières... Après avoir passé le seuil de la porte et reçu les traditionnels mots de bienvenu, un vendeur (ou une vendeuse) vient se coller à vous comme une sangsue.



Cette personne vous suit partout dans le magasin sans rien dire. Elle vous observe tout simplement et reste là au cas ou vous auriez besoin d’elle. Quand vous avez les bras chargés, elle vous débarrasse gentiment. Quand vous ne faites que regarder les vêtements ou les objets qui se présentent à vous, la vendeuse ou le vendeur remplace votre ombre, en s’immobilisant à vos côtés. Parfois, je lève la tête, fixe ce véritable crampon et rigole mais rien n’y fait, elle reste là à vous regarder en machant son chewing-gum.

De temps en temps, alors que vous avez terminé d’éplucher les présentoirs et que vous voulez vous déplacer dans le magasin, la vendeuse vous toise sans tanguer. Du coup, elle se retrouve nez à nez avec vous et vous bouche carrément le passage. Un mur s'est bâti devant vous, elle ne bougera pas d'un pouce. Mademoiselle, vous n'êtes pas invible vous savez..., Hum, en turc ça se dit comment ça déjà ?! J’essaie parfois de les semer dans la boutique en marchant à travers les rayons à folle allure. Elles doivent me prendre pour une névrosée.
Le pire, c’est quand ils sont deux inoccupés dans le magasin. Ils vous encadrent et vous vous sentez pris au piège comme avant un placage sur un terrain de rugby. La plupart du temps, quand une vendeuse me colle de trop près, je sors de la boutique. J'ai tout essayé pour m'en débarrasser, rien ne marche !
Si encore elle vous disait “bonjour Mademoiselle, si vous cherchez quelque chose, je reste à votre disposition”. Mais les vendeurs ou vendeuses ne vous posent aucune question. Ils deviennent de vraies statues et vous talonnent comme un chien fidèle, en se positionnant à moins d'un mètre de vous.

Pour faire du shopping tranquille en Turquie, contrairement à la France, il vaut donc mieux fréquenter les boutiques à des heures d’affluence quand tous les vendeurs sont occupés dans le magasin. Sinon, vous risquez d'être un peu surpris par cette technique particulière et un peu emcombrante qui vous empêche de faire du shopping tranquille. L'hospitalité a tout de même quelques limites...

mardi 16 octobre 2007

Çok doydum

Cette année, j’ai passé les bayram* seule, ça fait du bien parfois de se poser un peu quand la vie va trop vite. J’en ai profité pour rendre visite à quelques amis de mon âge qui vivent loin de leur famille. Aussi, rien de bien trépidant à vous raconter au sujet de ces 3 jours de pluie et de fêtes.
Cependant, je garde toujours en souvenir les premiers bayram que j’ai passé à Istanbul dans une famille turque. Je compare souvent ces fêtes à noël, car bien qu’elles soient de nature différente, l’esprit reste le même : Se retrouver en famille, manger de bonnes choses, rire, partager, gâter les enfants et s’entourer des gens qu’on aime.


Quelques plats typiques de la Mer Noire

Il y a 5 ans, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Bayram ne faisait pas parti de mon vocabulaire, j’avais beau savoir que c’était la fin du ramazan, les fêtes du sucre, je n’étais pas plus inspirée. Aussi, quand je me suis retrouvée au milieu d’une dizaine d’inconnus, dans un appartement où je n’avais jamais mis les pieds, je me suis vraiment demandée ce que je faisais là. On me présentait un tas de personnes et j’avais un peu de mal à m’y retrouver entre les abla, teyze, anne-anne, (soeur ainée, tante, grand-mère maternelle) : Un vrai melting-pot familial.

Après de vives embrassades, les enfants étaient couverts de cadeaux, nouveaux vêtements, argent liquide, jouets, ils avaient de quoi s’occuper jusqu’à la fin de la journée. Les grands, quant à eux, prenaient place autour d’une grande table décorée avec soin. Il y avait déjà de nombreux plats froids à base d’huile d’olive disposés devant nous et, alors que je me servais de feuilles de vigne farcies (mon pêché mignon), la maitresse de maison amenait des plats chauds. Soupe, agneau aux légumes, pilav, börek, ce n’est pas le choix qui manquait ni les bonnes odeurs d'ailleurs. Je tâchais de goûter à tout mais au bout du quatrième plat je n’avais déjà plus faim.


Plats traditionnels turcs

J’essayais d’imaginer le temps que notre hôte avait gaspillé dans la cuisine pour préparer tout cela.
Après quelques heures passées à table, nous avons pris place dans le salon. A savoir qu’en Turquie, il y a toujours de la place pour 15 dans les salons, grands canapés, petites tables basses, toute la famille est réunie. Avec le thé ou quelques tasses de café turc, arrivèrent les patisseries gorgés de sucre, de miel, difficile de trouver de la place dans nos estomacs encombrés. Les boites de chocolats et de baklava que les invités avaient amenées circulèrent aussi.

Vers 16h, la famille avec laquelle j'étais dit au revoir à tout le monde. Le ventre plein, je n'avais qu'une envie, m'allonger sur un lit et me reposer. Mais inutile de rêver, les fêtes n'étaient pas encore finies. A présent direction... La famille, encore. Des cousins éloignés. Leur appartement etait rempli de monde, certains partirent en nous voyant entrer. On avait l'impression de se passer le relais. A peine installés dans le salon que d’autres sonnèrent. Les voisins apportaient des choses à manger. Les iyi bayramlar (joyeuses fêtes) pleuvaient dans le salon. On avait beau dire çok doydum ben (je n'ai vraiment plus faim), des börek, du thé, des desserts nous étaient servis. J’essayais de refuser en montrant mon ventre plein à craquer mais la maitresse de maison insistait. C’etait apparemment mal poli de refuser. Aussi je m’excécutais mais je pouvais à peine engloutir deux bouchées de mon assiette.

Au bout d'une heure, les au revoir furent tellement chaleureux que j’avais l’impression de faire partie de la famille. Allions nous enfin rentrer ? Non, nous devions ensuite visiter des oncles. Là encore, même scénario, accolades, embrassades, gens qui arrivaient, gens qui partaient, une quinzaine de personnes dans l'appartement, verres de thé, çok doydum, assiettes garnies.
Au total en 8 heures, nous avons rendu visite ce jour là à 5 familles, bu le triple de verres de thé, et mangé le quadruple de gâteaux. C'est simple, j’avais accumulé des calories pour les trois mois à venir !
Les enfants avaient reçu des cadeaux par millier, les adultes étaient gavés comme des oies. Quand je pense que j’ai 5 tantes, 7 oncles, 2 frères et 9 cousins et cousines, j’ose à peine imaginer ce que serait Bayram si ma famille était turque…

* Bayram : Fêtes religieuses, jours fériés

jeudi 4 octobre 2007

Ma première fois

J’ai écrit cette histoire (vraie) il y a quelque temps de cela en espérant pouvoir un jour la publier avec d’autres dans un recueil de nouvelles. Faute de temps, mon projet d’écriture est remis à plus tard, mais je ne désespère pas un jour pouvoir publier un livre dont je connais déjà le titre ;-)

Une première fois, ça ne s’oublie pas. Quelle soit bonne ou mauvaise, elle reste là, collée à notre mémoire comme un chewing gum resterait accroché à une semelle de chaussure. On doit vivre avec, un point c’est tout. Ça fait parti de notre vie, de nos souvenirs, de nous.

Ma première fois, je ne suis pas prête de l’oublier. Maintenant j’en rigole de bon coeur, mais à l’époque j’étais peu fière de cette nouvelle expérience qui s’est avérée un véritable désastre. Je vais vous la raconter dans les plus amples détails en tâchant de ne rien oublier...



C’était un samedi matin, je devais me rendre chez un ami. Je descends ma rue et je vais me poser sous l’abri de bus situé à quelques mètres de chez moi. Autour de moi pas un chat, en face de moi les pêcheurs qui semblent souffrir du froid. Je plonge la main dans mon sac afin d’y trouver mon ticket de bus, préalablement offert par une de mes amies qui en avait tout un stock dans son portefeuille.

Mon bus arrive, je me lève et je fais signe de la main au chauffeur. Ce dernier ralentit puis ouvre les portes de son immense véhicule. Je monte à bord, armée de mon ticket et tente de trouver une barre à laquelle m’accrocher car le capitaine du bus démarre en trombe. Avant d’aller prendre place dans le bus à moitié vide, je dois bien entendu oblitérer mon ticket. Mon amie m’avait dit auparavant qu’il y a avait des machines automatiques prévues à cet effet et situées à côté du chauffeur du bus. Je n’ai pas de mal à apercevoir la poinçonneuse des temps modernes, habillée d’orange criard.
Je mets tant bien que mal mon ticket dans la petite fente située en haut de la machine, puis j’attends la tête bien en dessus du dispositif pour ne pas louper mon ticket quand celui-ci va remonter tamponné.



10 secondes passent, puis 30, puis 40...
Qu’est-ce que c’est long ! En France les machines sont plus rapides, on met le ticket et hop, un petit bruit et celui-ci remonte aussitôt. Heureusement qu’il n’y a personne d’autre qui est monté derrière moi dans le bus ce jour là.
1 minute, 1 minute 10, 1 minute 20, 1 minute 30.
Je reste concentrée à zieuter la machine. Non mais qu’est-ce qui lui arrive à mon ticket ? La machine est en train de faire de l’origami avec ou quoi ? La tête penchée au dessus de la boîte orange, je commence sérieusement à m’inquiéter. Est-ce que j’ai bien mis mon ticket dans la fente ? Peut-être qu’il est tombé derrière la machine ?
2 minutes, 2 minutes 10, 2 minutes 20. J'attends, toujours rien.
Je reste toujours les yeux rivés sur la machine, au cas où le ticket soit d’un seul coup propulsé en l’air comme une tranche de brioche expulsée du grille-pain. Pendant ce temps, le chauffeur me regarde avec un air suspicieux et dubitatif à la fois et finit par me demander :
- "Ne bekliyorsunuz ?” "Qu’est-ce que vous attendez ?”
- "Ben euh....”
Ni une ni deux, l’information arrive jusqu’à mes neurones et je comprends enfin, mais un peu trop tard....
Quelle gourde ! Comment peut-on être aussi stupide ? Je baisse la tête et file jusqu’au fond du bus, le visage rouge comme une tomate. La honte. Une fois assise au fond du bus, je jette un coup d’oeil au chauffeur qui se bidonne derrière sa moustache.

Non Marie, en Turquie les tickets de bus oblitérés ne remontent pas, ils ne ressortent pas de la machine comme en France. Ils sont avalés, un point c’est tout. La machine les avale, les broie, mais elle ne les rend JAMAIS, le chauffeur du bus faisant office de contrôleur.

Voilà. Vous savez à présent tout de ma première fois dans les transports en commun en Turquie. Je vous avais prévenus, ce fût un véritable désastre. Je suis sûre que le chauffeur du bus en rigole encore...



Finalement vivre en Turquie (comme dans n'importe quel pays étranger d'ailleurs), c'est perdre tous ses repères et c'est naître à nouveau. Ce qu'on croyait acquis est à apprendre.
Toute une vie à réinventer...

jeudi 12 juillet 2007

Echantillons de brouillard

Si vous avez envie d’arrêter de fumer, ne mettez surtout pas les pieds en Turquie ! Tout risquerait en effet de vous dissuader de poursuivre cette bonne résolution...

Tout d’abord le prix des cigarettes. Ici les paquets de vingt coûtent aux alentours des 2 euros. Sur Istanbul, on peut en acheter chez les buralistes mais aussi dans les restaurants, les bars, dans certains büfe, dans les stations services. Bref, inutile de parcourir 10 km pour se fournir en cigarettes. Vous pouvez téléphoner à votre bakkal (= épicier) et ce dernier vous livrera à domicile dans le plus brefs délais. La nuit, de nombreux buralistes sont ouverts, être en rupture de stock n'est donc pas une expression courante dans le vocabulaire turc.



Ensuite, on peut fumer partout, ou presque. Dans les restaurants, pas de salle fumeurs / non fumeurs (sauf dans certains lieux rares). Dans les taxis, même si vous trouvez un énorme autocollant signalant une interdiction de fumer au dessus de la banquette arrière, le chauffeur ne tardera pas à allumer sa cigarette sans avoir pris la précaution de vous demander au préalable si la fumée vous gêne. Dans les bus, les usagers ne fument pas c’est interdit, mais les chauffeurs si... 100 % vécu.
Dans les bureaux, c’est comme en France avant le passage de la loi en février 2007, ça fume de partout. Les hommes comme les femmes s’adonnent à coeur joie. Frédéric me faisait remarquer récemment que de nombreuses personnes fumaient dans les restaurants tout en continuant à manger. Une bouchée, une taffe, une bouchée, une taffe. Quel bonheur de composer un tel menu... Le pire c’est quand vous allez dans des restaurants chics, c’est directement la fumée des gros cigares qui vous emmaillote d'un nuage de brouillard. A nous la toux et les bonnes migraines !

Finalement, le seul endroit que je connaisse où l’on ne peut vraiment pas fumer sur Istanbul, c’est dans l'enceinte du Consulat de France, les ressortissants français ont même été prévenus par email après le passage de la loi anti-tabac. Bien sûr, pas de cigarettes non plus dans les salles de cinéma et dans les théâtres.

Bref les lieux où il fait bon respirer à Istanbul se comptent sur les doigts de la main. Le quartier de Şişli avait essayé d’être pionner en matière d’interdiction de fumer, le Maire avait mis en place une campagne anti-tabac il y a un an, depuis plus rien.
A quand la guerre aux fumeurs en Turquie ?

mardi 26 juin 2007

insectarium

Ça commence en musique, comme pour mieux nous charmer. Une musique souvent forte et rythmée. Le coeur joyeux, on se précipite aux fenêtres pour voir ce qui s’y passe, et soudain... Ô rage, ô désespoir, on ne dispose que de quelques secondes pour fermer toutes les fenêtres de la maison. Se barricader devient alors un geste vital. Si l’on habite au rez-de-chaussée, c’est déjà trop tard. L’odeur est atroce, la fumée nous fait tousser.



Dans la rue, les gens courent s’abriter. Heureusement pour eux... Car comme pour mieux nous achever, la musique diablesque se fait entendre de nouveau. Le camion rouge repasse, il en remet une deuxième couche. Adieu aux moustiques récalcitrants ! La scène a lieu plusieurs fois par semaine et le camion sévit toujours à la tombée de la nuit. Dois-je dire merci à la municipalité d’employer des procédés aussi décimants pour faire taire le murmure strident des moustiques ? Ou dois-je au contraire la remercier de polluer l’atmosphère en répendant dans l’air des insecticides ?

Me voilà face à un vrai dilemme ! D'ailleurs, à chaque fois que je respire par mégarde cette épaisse fumée chimique, je me sens comme un humain enfermé dans un insectarium...

mardi 8 mai 2007

Le folklore matinal

Quand j’observe tous ces messieurs et toutes ces dames qui sont assis confortablement à l’arrière des voitures avec chauffeur, je ne peux que les plaindre. Pour rien au monde je ne manquerais mon trajet en bus du matin...

30 minutes, c’est le temps qu’il me faut pour quitter Taksim et atteindre Bebek, où je travaille. En même temps que je quitte mes songes pour me réapproprier cette grande jungle, j’admire par la fenêtre le bouillonnement de Beşiktaş, les portes monumentales de Domabahçe, les façades du Cirağan Palace, les flots du Bosphore, les Yalı d’Arnavutköy. La tête collée à la fenêtre du bus, j’ai l’impression chaque jour de redécouvrir cette partie de la ville. Debout et serrée comme une sardine, chancelant au moindre coup de frein, on ne peut pas dire que je sois dans une position très confortable. Pourtant, c’est un des moments de la journée que je préfère.



Dans le bus, il y a souvent cet homme, différent chaque matin, qui est assis près de la porte de devant. Derrière son comptoir, il vend les billets dans le bus. Il fait souvent office de policier quand le bus est plein, en activant une sonnerie au bruit aigre, qui signifie : “Poussez vous jusqu’au fond du bus”. Parfois le bruit ne suffit pas, alors il y rajoute la voix, se lève, nous observe et pointe du doigt les premiers fautifs. “Monsieur, avancez, il y a de la place pour trois personnes à votre gauche”.

Le bus plein de monde dès son départ, il faudra faire preuve de ruse et de culot pour pouvoir s’y introduire si on l’attend à d’autres stations. Le plus simple est de passer par les portes de derrière, où l’on se fait violence pour pouvoir entrer. Quand le bus redémarre le folklore continue. Les gens du fond font passer leurs cartes et leurs akbil attachés à leur trousseaux de clés. Le tout circule de main en main jusqu’à la machine à oblitérer puis repart dans l’autre sens jusqu’aux propriétaires. Quand la monnaie circule, c’est un moment à ne pas manquer. Les pièces arrivent en vrac sur le comptoir, puis les gens hurlent ce qu’on doit leur rendre “iki yüz”, "beş yüz", on parle encore en ancienne livre turque et pour peu, on se croirait dans une vente aux enchères.



Ce matin, alors que le chauffeur invectivait un chauffard, un papi dans le bus a crié à tue-tête : “Allez, on va être en retard !”. Il y a aussi une chose que j’oublie de décrire, quand le chauffeur bus referme la porte trop tôt. Une personne se retrouve à moitié coincée ou ne peut pas descendre à l’arrêt voulu. On assiste dans ces cas là à un véritable esprit de solidarité, plusieurs passagers vont crier en coeur “Duuuuuur” (stop) ou encore “Kaptan, orta kapı !” (chauffeur, la porte du milieu !)
Vous ai-je aussi parlé du vendeur de moules farcies qui monte dans le bus avec son gros plateau à trépieds ? Ou du vendeur de sandwich ?

Non vraiment, il me faudrait des heures entières pour vous raconter ce folklore matinal qui ne cesse de me faire sourire et de me dépayser.

mardi 27 février 2007

Assiettes volantes


Cette photo provient de l'excellentissime film turc GORA

Il y a une expression qui dit “fort comme un turc”... On devrait plutôt dire “pressé comme un turc”.
En regardant tous ces gens attablés longuement en terrasse au bord du Bosphore, avec leur petit verre de thé à la main, ou encore en admirant ces anciens tableaux où l’on distigue un pacha confortablement installé sur de gros coussins, on pourrait penser que les turcs savent se détendre et se laisser vivre. Pourtant, il suffit de mettre les pieds dans un restaurant pour avoir la preuve du contraire...

A peine installé autour d’une table que le pain et l’eau sont disposés devant vous. Entre le moment où l’on s’assoit et celui où l’on nous confie le menu, on a déjà vu trois serveurs différents s’agiter autour de nous. Les couverts en trop sont enlevés comme par enchantement. On a l’impression d’être traités comme des VIP.
Dans les restaurants de mezze, les grands plateaux sur lesquels sont présentés les différentes sortes d’entrées froides arrivent au bout de quelques minutes. Après deux ou trois mots échangés avec les serveurs et quelques signes de la main, les plats sont déposés sur la table à une vitesse éclair, on commence donc à manger rapidement, si bien que quand les plats chauds arrivent, on n’a même pas eu le temps de faire une pause.



C’est d’ailleurs souvent là que ça se corse, il faut éviter de trop prendre part à la conversation avec les autres convives. Ce qu’il faut faire - croyez-en mon expérience - c’est de ne pas détacher les yeux de votre assiette jusqu’à ce que vous n’ayez plus faim. Sinon vous risquez, entre deux bouchées, de voir vos derniers köfte s’envoler dans les cuisines et votre coup de fourchette atterrir sur quelque chose de plus dur qu’un morceau de viande : la table !

Bref, vous l’aurez compris, les serveurs débarrassent souvent bien trop vite les assiettes, avant même que celles-ci ne soient vides. Même dans les cafés, votre tasse de thé disparait habituellement comme un vilain tour de magie... Alors que cette dernière est encore à moitié pleine.
Au déjeuner ou au diner, c’est la même constatation, dans la plupart des restaurants turcs, c’est ultra-rapide. Les serveurs et leurs supérieurs ont un souci d’un service tellement parfait qu’ils en oublient souvent l’essentiel : manger doit rester avant tout le plus grand des plaisirs, c’est le moment dans la journée où l’on a besoin de décompresser, et surtout, de prendre son temps...

vendredi 26 janvier 2007

Sportez-vous bien !

La plupart des sportifs qui vivent en Turquie sont des gens privilégiés.
Telle est ma conclusion après plus de 4 ans passés ici. C’est sûr, j’y vais un peu fort... Mais malheureusement plusieurs constatations m’amènent à cette pensée négative.



Pour fréquenter de bonnes salles de sport (bien équipées, propres), il faut avoir les moyens. L’abonnement à l’année dans une salle située en centre ville coûte entre 1.500 $ et 3.000 $ par an. Vous me direz, c’est le même prix que certaines salles dans les grandes villes de France. Oui, sauf que rappelons qu’en Turquie, les travailleurs ont des salaires 4 fois inférieurs à ceux des français dans la grande majorité des cas.

Le milieu associatif est peu développé par rapport à l’hexagone. Au niveau des sports de plein air, aucune piste cyclable à ma connaissance dans la ville (pour faire du roller, on doit se rendre sur la rive asiatique), et les différentes mairies commencent tout juste à aménager les bords du Bosphore afin que l’on puisse avoir assez de place pour s’y promener avec des poussettes, marcher en famille ou courir entre copains.
Les piscines publiques d’Istanbul se comptent sur les doigts d’une main, les autres sont extrêment chères, puisqu’appartenant à des organismes privés. Bref, seul le foot reste un sport bon marché puisqu’associatif, de même, il y a de nombreux terrains de foot ouverts et éclairés jusqu’au bout de la nuit à louer pour des broutilles.
Très peu de forêts ou parcours sportifs, j’ai cependant noté l’implantation d’aires de fitness en plein air dans certains quartiers (quelques machines gratuites afin de pratiquer des exercices de cardio et de musculation).

Bref, en France, faire du sport est à la portée de tout le monde ou presque, ici c’est une autre histoire. Mais comme le dirait mon père, les français ont aussi beaucoup plus de temps libre que les turcs, en France nous en sommes à l’aire de l’hédonisme et de l’individualisme alors qu’en Turquie, le gouvernement a d’autres priorités élémentaires (développement des infrastructures, industrialisation, modernisation..). Ce qui me pousse à penser que dans quelques années, mes affirmations seront obsolètes.



NB : Oyez, Oyez, la bonne nouvelle c’est que j’ai recommencé à donner mes cours de kick boxing 1 fois par semaine pour le moment sur Nişantaşı. J’aime beaucoup ce club, mais les tarifs y sont assez chers pour les adhérents, en contre-partie, les profs y sont bien payés. Pour vous donner une idée, en France j’ai entrainé 2 à 3 fois par semaine une dizaine d’élèves bénévolement, alors qu’ici, je suis payée 50 € de l’heure, quelque soit le nombre de participants... Cherchez l’erreur !

jeudi 18 janvier 2007

Les fous du volant

En 2006, plus de 4700 personnes ont trouvé la mort sur les routes en Turquie. Vous me direz, en France on parle de 5200 morts, c’est donc 500 vies sauvées... Sauf que la Turquie possède trois fois moins de véhicules que l'hexagone, ce qui la place au rang des pays qui ont le plus haut taux d’accidents.



La conduite en Turquie est désordonnée, chaotique, agressive : C’est la loi du plus fort et du plus effronté. Les feux rouges ne servent pas à grand chose si ce n’est à mettre un peu de couleur dans le paysage urbain. Les conducteurs ont des comportements violents (violence physique et verbale). Inutile de préciser que j’ai appris la plupart des gros mots turcs à l’arrière des taxis..

Et quand il y a un accident, même minime, c’est le début de l’anarchie : Les conducteurs n’ont pas le droit de déplacer leur véhicule (même s’il ne s’agit que d’un bout de phare cassé). Ils doivent attendre patiemment la police qui fera le constat, et si la rue est bloquée à cause de deux chauffards, tant pis, la loi c’est la loi ! Autre chose qui m’excède, c’est la pollution auditive, on dirait que les turcs ont la main greffée sur leur klaxon. Pour n’importe quoi, ils appuient sur leur avertisseur... Et pas qu'une fois !



Mon bureau donne directement sur une avenue, en centre ville (donc vitesse limitée comme en France), je ne vous raconte pas le nombre de fois où j’entends des énormes coups de frein (je vais à la fenêtre plusieurs fois par jour pour voir s’il n’y a rien de grave), c’est fou cette agressivité routière.

Quant à avoir une voiture ici, ça ne m’a jamais traversé l’esprit et encore moins un scooter (très peu de véhicule à deux roues, on comprend pourquoi..). Les taxis de toute façon ne coûtent pas bien chers, mais pour trouver des ceintures à l’arrière, il faut se lever tôt !

mardi 12 décembre 2006

No dodo



Qui n’a jamais rêvé, le dimanche matin, après avoir passé la semaine à travailler et à se lever tôt, de faire une grasse matinée au chaud sous la couette, au calme... Ça parait accessible à tous ceux qui ont un bon lit... Et pourtant, détrompez-vous ! Prolonger ses rêves un peu plus longtemps que d’habitude tient de l’exploit en Turquie. En France, on est parfois réveillé par le chant des coqs, ici, c’est une toute autre histoire...

Dès 8h30, les klaxons des voitures vous réveillent en sursaut. La plupart du temps, c’est carrément les cris de deux conducteurs bloqués dans une rue étroite, juste en dessous de vos fenêtres, qui vous agressent les oreilles de bon matin. Sans parler de la flopée de mots vulgaires qui en résulte. Alors que vous commencez à vous rendormir, ne voilà pas que le vendeur de simit vient s’époumoner sous vos fenêtres en poussant des cris aigus “simiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiittttttt”.
Juste après cela, ce sont les poubelles, le camion a du mal à passer et les éboueurs crient à leurs collégues la direction à suivre... Vous êtes déjà bien réveillés mais vous continuez à garder espoir que le silence reviendra bientôt, et vous décidez de rester au chaud dans votre lit, le sommeil finira bien par vous regagner, non ?!?
Erreur !!!


Le vendeur de simit et sa voix aiguë

A présent c’est le vendeur de fruits et légumes qui vient crier dans son haut parleur “patatesse-domatesse”*. Et le voisin du dessus qui crie par la fenêtre : "Abiiiii, 1 kilo ne kadar ?" (= mon frére, combien coûte un kilo ?).
Il n’est que 9 heures du matin, il ne vous reste plus qu’à vous lever et à préparer un seau d’eau pour balancer sur le prochain vendeur qui passera sous vos fenêtres... Laissez-moi réfléchir, ce sera peut-être le récupérateur des vielles affaires (eskici), ou bien l’aiguiseur ambulant de couteaux, ou encore le vendeur de balais et ramasse-poussières... ou peut-être même les sirènes des pétroliers-chimiquiers.

Comme le disaient des amies américaines, Istanbul I love you and I hate you (Istanbul je t’aime et je te hais). En effet, je déteste la pollution auditive mais j’aime le fait qu’en Turquie on mendie peu, on travaille et on gagne sa vie dignement. Et en plus, ça apporte un peu de vie aux âmes solitaires...
Et puis, soyons réalistes, en définitive, j'apprends le turc au chaud dans mon lit (même les gros mots!)... Finalement, pourquoi devrais-je me plaindre, einh ?!?

* Patates-domates = Patates-tomates

Uyku yok

Bütün hafta çalışıp, erken kalktıktan sonra, pazar sabahı sıcacık yatağında bir sabah geçirmeyi kim istemez ki.... Bir yatağa sahip olan herkes bunu yapabilir... Ama yanılıyorsunuz! Uykuları uzatmak Türkiye'de bazen mümkün olmuyor. Fransa'da horoz sesiyle uyanırken, burada işler biraz farklı...

Saat 08.30'dan itibaren, otomobil kornaları sizi zıplatarak uyandırıyor. Veya, başka zaman, dar bir sokakta sıkışıp kalan iki arabanın sürücüsünün tam da pencerenizin dibindeki bağırışları sabah sabah kulaklarınızı tırmalıyor. Seçilen sözcüklerin sertliğinden bahsetmiyorum bile... Tam tekrar uykuya dalmaya başlıyorsunuz ki, bu kez akciğerlerini patlatırcasına haykıran bir simitçi geliveriyor: "simiiiiiiiiiiiiiiitttt"
Daha sonra, bir çöp kamyonu sokaktan geçemediği için bağırışlar başlıyor. Zaten uyanmış bulunuyorsunuz ama umutla sessizliğin sağlanacağı zamanı bekliyorsunuz. Sıcak yatağınızda öylece durup uykunun bastıracağını umuyorsunuz, değil mi ? Hata !!!

Şu anda meyve sebze satıcısı tüm gücüyle "patates-domates" diye bağırıyor. Ve aşağıdaki komşu "Abii 1 kilo ne kadar?" diye ona sesleniyor.
Saat sabahın 9'u, artık size kova su hazırlamak ve bir sonraki sokak satıcısını beklemek düşüyor... Durun biraz düşüneyim, bu belki bir eskicidir, belki bir kalaycı, belki bir süpürgeci...

Amerikalı arkadaşların söylediği gibi "İstanbul I love you and I hate you" (İstanbul seni seviyorum ve senden nefret ediyorum). Gürültü kirliliğini sevmiyorum ama Türkiye'de dilencilik görece daha az, insanlar çalışıyor ve kazanıyor. Ve bu, yalnız ruhlara da biraz hayat veriyor.

Ve hadi biraz da realist olalım, sıcacık yatağımda Türkçe'yi öğreniyorum, küfürleri bile! Sonuç olarak acaba yakınmalı mıyım?!?

jeudi 30 novembre 2006

Ah, si j'étais le Pape....



.... Et bien, une chose est sûre, je ne me sentirais pas en insécurité en Turquie, même si la population est à 98 % musulmane.
Imaginez, pour la sécurité d’un seul homme, plus de moyens ont été mis en place que lorsque tous les chefs d’état étaient réunis ici 2 ans auparavant pour le sommet de l’OTAN... C’est carrément des boulevards, des quartiers entiers et la place principale (Taksim) de la ville qui sont actuellement fermés.
Plus d'un million d'usagers des transports en commun doivent changer d’itinéraire ? Tout est bouclé en centre ville depuis 3 jours ? Les automobilistes ne peuvent plus accéder à leurs lieux de travail ? Qu’importe ! Le Pape est là, et tous les moyens sont bons pour assurer sa protection.



Et trop, ce n'est jamais assez... Ce matin, les militaires avaient rejoint les forces de police. Et tous ces hommes étaient postés tous les deux mètres, dans la rue. Il fallait traverser Osmanbey à pied, entre deux barrières. Se faire contrôler les sacs, les passeports, les poches. Chacun a dû partir une heure plus tôt que d'habitude pour être à l'heure à son travail.
Qui se soucie de nous, les 16 millions de personnes qui habitent cette mégapole turque et qui doivent se rendre tous les matins au boulot ? Après tout, nous ne sommes que de simples pécheurs...



Ah Papa olsam...

.... Kesin olan bir şey var, nüfusun yüzde 90’ının müslüman olmasına karşın, kendimi Türkiye’de tehlikede hissetmezdim. Düşünün, bir adamın güvenliği için, Dünya liderlerinin iki yıl önce bir araya geldiği NATO toplantısındaki önlemler kadar önlem alınmış... Şehrin en işlek yerleri, bulvarları, meydanı (Taksim) kapalı.
Toplu taşıma araçlarını kullanan bir milyondan fazla kişi yolunu mu değiştirmeli? Üç gün boyunca şehrin merkezinde her şey birbirine mi giriyor? Araç sahipleri işlerine ulaşamıyor mu? Ne önemi var! Papa burada ve bütün imkanlar onun güvenliğini sağlamak için kullanılmalı.
Yetmez... Bu sabah, askerler de polislere katıldı. Ve bu adamlar her iki metrede bir yerlerini aldı. Osmanbey’i bariyerler arasında yürüyerek geçmek gerekiyordu. Çantaları, pasaportları, cepleri kontrol ettirmek de... Herkes işine zamanında varmak için, normalden bir saat erken evinden çıkmak zorunda kaldı.
Kim bizden şüpheleniyor, kim bu 16 milyon insanın yaşadığı Türk megapolünde her sabah işine gitmek zorunda olanlardan şüpheleniyor? Biz sadece küçük günahkarlarız...

vendredi 24 novembre 2006

Leçon de bonnes manières



Avant de vous rendre chez quelqu’un en Turquie, vérifiez bien vos chaussettes... Celles-ci doivent être propres et sans trou, car la première chose que vous ferez avant de passer la porte d’entrée, ce sera de vous déchausser pour enfiler des terlik (= pantoufles).
Les turcs se déchaussent d'ailleurs systématiquement quand ils viennent chez vous. Vous ouvrez votre porte d'entrée et ils sont déjà en chaussettes sur votre paillasson ! Tous les livreurs, les réparateurs et même les déménageurs font de même. Chaque famille possède une tonne de pantoufles, il y en aura une paire à votre pointure à coup sûr. La plupart sont vraiment moches, en faux cuir marron ou noir, elles ressemblent plutôt à des tongs pour ainsi dire. Mais si vous faites le tour des boutiques, vous en trouverez de très farfelues, aux couleurs des équipes de foot locales. La preuve en image :



Les marques les plus connues sont Twiggy ou encore Polaris.
Pour la petite histoire, un jour j’ai même dû mettre des chaussons pour entrer dans les bureaux d’un de nos avocats. J’ai fait toute la réunion en tailleur avec de belles pantoufles rose criard en éponge, inutile de vous dire que c’était la grande classe, et que ça a de quoi vous déstabiliser ! Vive les bonnes manières...

Türkiye’de birinin evine gitmeden önce çoraplarınızı iyice kontrol edin... Temiz ve deliksiz olmalılar, çünkü eve girdikten sonra yapacağınız ilk şey ayakkabılarınızı çıkarmak olacak, terlik giymek için... Türkler evinize geldiklerinde sistematik bir şekilde ayakkabılarını çıkarıveriyor. Kapınızı açıyorsunuz ve onlar girişteki paspasın üzerinde çoraplarla kalmışlar bile! Bütün satıcılar, tamirciler hatta nakliyeciler bile aynı şeyi yapıyor.
Her ailenin evinde bir sürü terlik var ve kesinlikle sizin numaranıza göre de bir tane bulunuyor. Ancak evde giyilen bu terliklerin çoğu berbat, sahte deriden yapılmış, kahverengi veya siyah renkte çarık gibi şeyler. Ama eğer butikleri biraz araştırırsanız, daha deli dolu şeyler bulabilirsiniz. Mesela, futbol takımlarının terlikleri gibi. En çok tanınan markalar Twiggy ve Polaris. Küçük bir hikaye; bir keresinde avukatlarımızdan birinin bürosuna girerken ben de çoraplarla durmak zorunda kalmıştım. Üzerimde tayyör, ayağımda pespembe bir terlikle toplantıyı sürdürmüştüm. Yaşasın görgü kuralları...

mardi 31 octobre 2006

Deux inconnus dans ma salle de bain

Attention, âmes sensibles s’abstenir.

Voilà une histoire qui tombe à pic en cette période d'Halloween.
Ce week-end, j’ai vécu un épisode digne des films d’horreur japonais. Ça a commencé en fait dès mon retour d’Antalya, avec de drôles de bruits qui émanaient de ma salle de bain, la nuit. Des "gloup-gloup" bizarres qui venaient me surprendre jusque dans mon sommeil. Je ne me suis cependant pas trop inquiétée la première nuit.
Le jeudi soir, alors que je faisais tourner une machine à laver, ce fût carrément un geyser qui est sorti dans ma salle de bain. 1 heure d’épongeage au programme. Trop tard pour appeler qui que ce soit, je me suis mise au lit en réfléchissant à ce qui pouvait être la cause de tels dégâts.
Dans la nuit, ce fût Dark Water en live, après l’eau qui surgit de ma salle de bain, j’ai de nouveau eu le droit aux gloup-gloup bizarres ainsi que des bruits de ruissellements. Le matin, à mon réveil, j’ai composé le numéro de téléphone du service des canalisations, et je suis tombée sur une personne très aimable qui m’a assurée que les renforts arriveraient d’ici la nuit afin de régler mon problème. Le tout gratuit car c’est un service municipal. Ma plus grande erreur fût de les croire... Je suis restée sagement à la maison le vendredi soir pour les attendre, sans enfiler mon pyjama rose en polaire (autant être présentable quand les sauveurs se pointeront). Mais vers 1h du matin, je me suis rappelée qu’en Turquie, il faut toujours attendre quelques jours et quelques changements de ton au téléphone avant que quelqu’un ne daigne pointer le bout de son nez.

Samedi matin, je fûs réveillée par des bruits d’écoulement. Mon voisin avait eu la bonne idée de faire tourner une machine à laver. Le problème c’est que l’eau était en train de sortir par un trou dans ma salle de bain. Je rappelle les services de canalisations.
Dans la matinée, je vois enfin le camion par la fenêtre de la cuisine. Je me précipite à l’interphone pour ouvrir la porte d’entrée de l’immeuble, j'attends quelques minutes mais personne. Je reviens dans la cuisine et regarde par la fenêtre. Plus de camion. J’appelle le service : Occupé. Je barricade à nouveau ma salle de bain de morceaux de tissu. Je rappelle le service. Enfin j’arrive à les avoir au téléphone.
- Vous avez appelé ? Ah, je n’ai pas votre nom sur le liste ? C'était ce matin ?
- Non vendredi soir.
- Ah bon ? Vous pouvez me redonner votre adresse ?
Gloup Gloup
- Allo ? Vous pouvez répéter ?
La salle de bain avait parlé pour moi.

Samedi soir, toujours au même point et nouvelle nuit de frayeur, ça faisait déjà deux jours que le problème trainait, je me demandais si je devais penser à me faire héberger par les voisins du dessus que je ne connais d’ailleurs même pas. Sait-on jamais, si l’eau dégorge la nuit et si je me noie aux milieu de mes rêves. Mais j’ai le goût du risque, j'ai passé la nuit dans mon lit, l’oeil à moitié ouvert. Le lendemain matin, avant de poser le pied hors de mon lit, je me suis demandée si l’eau était venue jusqu’à ma chambre. Si ça se trouve j’allais avoir besoin d’une barque pour rejoindre ma cuisine. Mais une fois le pied posé sur le carrelage, je me suis rendue compte que la situation n’étais pas si désespérée. J’avais pris soin d'édifier un barrage dans la salle de bain avec des couches de serviettes et de tissus. Ouf.
Vers 11h, on sonne à la porte. Mes sauveurs étaient là, deux jeunes hommes habillés comme des schtroumpfs.
- On est passé hier mais on est reparti.
- J’avais bien vu.
- On a demandé si quelqu’un connaissait "Maria", mais vos voisins du dessus on dit que c’était une erreur. Vous venez de vous installer ?
- Non ça fait juste deux ans que je suis là. Et pour votre information je ne suis pas encore nationalisée espagnole.
- Einh ?
Gloup Gloup
Là encore la salle de bain poussait des hurlements bizarres.



Les deux hommes bleus sont allés jeter un coup d’oeil dans la salle de bain, m’ont demandé des bouts de tissus et en ont fait des lambeaux. Ils ont ensuite ouvert tous les tuyaux qu’ils pouvaient trouver dans mon appart et ont commencé à hurler des trucs à travers la fenêtre à leurs collégues qui attendaient dehors dans le camion. 2 minutes plus tard, juste après une rapide visite des cavités souterraines de mon immeuble, une énorme lance pénétrait par la fenêtre de la salle de bain et j’étais déjà enrôleé dans leur commando. J’avais en effet comme mission de retenir à l’aide d’un tournevis un bout de tissu glissé dans les tuyaux sous l’évier de la cuisine, puisque les hommes bleus allaient propulser 10.000 m3 d'eau dans mes canalisations. Je me voyais déjà sous un deuxième geyser, le brushing à plat mais heureusement, la guerre éclata finalement dans ma salle de bain.
Les deux inconnus du service municipal hurlaient à tout va :
- Ooooouvre !
- Feeeeerme !!
- Ooooouvre !!!
- C’est bon, stoooooop !!!!
Je leur demandais si je pouvais abandonner ma mission. Ça avait l’air d’être OK. Je jetai un oeil dans la salle de bain, ça ressemblait à un taureau piscine, mais après le passage du taureau. Une tornade était passée par là. J’entendis quelques glou-glou supplémentaires. Les deux inconnus me dirent que tout était OK. Ils me firent voir les catacombes de mon sous sol et m’expliquèrent qu’ils avaient creusé par là à la pioche, et qu’ils avaient débloqué les canalisations un peu plus bas.
En repartant, un des deux jeunes hommes voulaient prendre la serpière pour m’aider réparer les dégâts domestiques. Je l’ai remercié et lui ai assuré que je m’en chargerai en retroussant mes manches. Il est parti en prononçant un gentil geçmiş olsun*.
Alors que je commençais à faire des mouvements d’aérobic dans ma salle de bain afin de tout remettre en ordre, j’entendis frapper à la porte. Sûrement les voisins du dessus qui, au bout d'un an, se sont enfin décidés à venir se présenter. J’ouvris la porte mais face à moi, ce ne fût pas mon voisin mais le jeune homme de tout à l’heure. Il m’a dit qu’il avait oublié quelque chose. Il s'est précipité dans la cuisine et a trafiqué sous l’évier, il en a ressorti mon torchon tout trempé. Il avait inséré ce dernier dans le tuyau de la machine à laver et m’a dit qu’il avait oublié de le retirer. Il me précise que si j’avais mis ma machine à laver en route, toute l’eau se serait évacuée dans la cuisine.
Heureusement, il s’en est rappelé. Sinon, une fois ma cuisine inondée, j‘aurais fini par croire que ma maison était hantée...

Moralité : La vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille et il faut toujours se méfier des petits ruissellements !

* Geçmiş olsun : Que tout aille mieux, bon rétablissement

vendredi 8 septembre 2006

Et la lumière fut



L’an dernier des amies m’ont offert pour mon anniversaire une veilleuse sans fil rechargeable très marrante achetée chez IKEA. J’avais trouvé ça mignon. Et puis finalement, je me suis rendue compte que c’est un gadget génial lors des fréquentes coupures de courant en Turquie. Le truc indispensable même !!! Il vous suffit de la prendre et de vous balader de pièce en pièce afin d’allumer des bougies ça et là. Ça vous évite de vous renverser de la cire sur les doigts !


Mes sources de lumière, à droite ma veilleuse magique !

3 Vendredis de suite, ils nous ont coupé le courant dans notre quartier. De 20h à 6h du matin, sans nous prévenir, bien sûr :( Pas de bol, j’étais à la maison en train de faire des travaux manuels. J’ai donc allumé des bougies mais c’est quand même difficile de lire ou de travailler sans lumière électrique. Bref, sans lumière, la nuit tombée, on ne peut pas faire grand chose, même avec une veilleuse... A part dormir !
Ce vendredi, je ne me ferai pas avoir une quatrième fois, je serais dehors avec les copains pour fêter l'anniversaire de Nihan, qu’on se le dise !!

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