Sur les "yayla" seules les habitations traditionnelles peuvent être édifiées
C’est à 2050m d’altitude, sur les plateaux (
yayla en turc) qui font face au mont
Kaçkar, que vivent quatre mois dans l’année des familles privilégiées. En été, la vie est plutôt paisible là-haut : Les enfants jouent avec les vaches en plein air, les maisons construites en bois et en pierres ne possèdent ni eau courante ni poste de télévision. Les quelques voitures tout-terrain qui arrivent à monter jusque là sur une route ondoyante et rocailleuse restent garées en dehors du village.
A gauche, la voiture qui nous a hissés sur la haute plaine.
Seules les familles qui habitent là depuis plusieurs générations ont le droit de vivre chaque été sur les hauts plateaux, voir de faire construire de nouvelles maisons pour leur postérité.
L’électricité a été installée il y a tout juste un an, avant cela chaque maison se servait de lampes à pétrole pour éclairer les fraiches nuits d’été. La route a été aménagée sommairement en 2002, auparavant, il fallait compter plus de 7 heures pour monter jusqu’au lieu de villégiature, en chargeant ânes et chevaux de vivres et de biens divers.
Chaque fin de printemps, c’est un peu le temps des transhumances, les familles reviennent habiter pour quelques mois dans leurs maisons haut perchées. En hiver, les plateaux sont désertés, il tombe en effet entre 6 et 7 métres de neige et des vents violents viennent secouer les habitations. Les toits sont fixés aux murs à l’aide de câbles en acier, sinon ils pourraient s’envoler dans les airs, comme ça été le cas plusieurs fois selon le récit de certains villageois.
Vivre en dessus des nuages...
Fred et moi avons donc débarqué un peu par hasard sur
Sal yaylası par un bel après-midi ensoleillé et nous avons pu trouver de la place dans
une pension aux allures de chalet Suisse tenue par une famille adorable.
Avant l’heure du dîner, nous sommes allés nous balader sur le plateau de
Pokut situé sur une haute plaine avoisinante. Un silence absolu planait, un paysage aussi pur que ressourçant s’offrait à nous.
A gauche le village de Pokut
En allant remplir notre bouteille d’eau à la source du village, nous avons rencontré une jeune femme venant d'
Ankara qui habite à
Sal Yaylası deux mois par an avec ses frères et leurs enfants. Nous avons été invités à prendre le thé dans leur maison de famille. Le temps s’est durci en quelques instants et le vent s’est levé avec force. C’est à ce moment là que des arcs-en-ciel se sont dévoilés dans le ciel et que mon appareil numérique a rendu l’âme, après avoir reçu un violent coup d’une fenêtre.
Sans photo à l’appui, croirez-vous à la suite de mon récit ?
Nous avons diné dans la cuisine de la pension (pain fait maison,
muhlama = mélange de
kaymak (sorte de mascarpone), farine de maïs, fromage et oeufs). La pension étant vide, le rez-de-chaussée s’est transformé dès la tombée de la nuit en une réunion de village. Petits et grands, femmes, hommes et enfants sont venus danser le
horon accompagnés d’un
tulum. Les femmes portaient le
poşi (coiffe composée de deux foulards noués), tous se tenaient la main et tapaient des pieds sur le plancher. Nous les avons observé avec un peu de jalousie, devant tant de complicité malgré les différences d’âges. J’ai dansé quelques minutes le
horon avec eux, en chaussettes sur le plancher. Un vrai moment de bonheur !
La cuisine de la pension salmacera
Le matin, nous avons été réveillés par les cloches des vaches se promenant dans le jardin. Du lait frais nous attendait pour accompagner nos tartines de
pekmez ainsi qu’une assiette de
helva. Une grosse marmite d'eau chauffait sur le poêle, en attendant l'heure de la douche.
En repensant à ces deux jours déconnectés du monde civilisé, je me demande finalement si je n'ai pas simplement rêvé. Ce belvédère verdoyant restera longtemps gravé dans nos pensées...
A gauche, la pension où nous avons séjourné