Quelle ne fut pas ma déception en voyant se dessiner au loin la ville de Mardin. Au dessus des maisons anciennes construites en pierres calcaires, d’énormes antennes paraboliques ainsi que de longs cables électriques polluaient le paysage. Dommage, l’ensemble aurait pu être plus atypique mais la civilisation moderne a laissé une empreinte sur ces bâtisses de couleur miel dont on aurait largement pu se passer…



Quoiqu’il en soit, il nous fallait tout de même sillonner cette petite ville étagée et dominée par une citadelle qui date du 10e s. Celle-ci ne se visite malheureusement pas puisqu'elle est occupée par les militaires.


Citadelle de Mardin

Nous nous arrêtons tout proche de la statue d’ATATÜRK et commençons la découverte en se baladant au hasard. Nous passons devant le musée de Mardin (1895) ancien siège patriarcal catholique Assyrien. Nous traversons ensuite de petites rues étroites parsemées de commerces ainsi que des marchés où l'odeur des fruits et des légumes embaume l’atmosphère.



De ses 1200 m. d’altitude, Mardin a vu défiler de nombreuses civilisations depuis 1.800 av JC. Babyloniens, Mittaniens, Assyriens, Perses se sont tour à tour succédés… Voilà pourquoi on y trouve autant d’églises anciennes que de mosquées. Située sur la route de la soie, le trafic des cavanes y était autrefois dense. Les étoffes de Mardin, tissées sur place, étaient d’ailleurs réputées.


Minaret de la mosquée d'Ulu

Premier objectif des visites : Retrouver Zekeriya qui vient de terminer son service militaire et qui est de passage dans sa ville natale. Nous le rencontrons devant la mosquée d'Ulu (Ulu Camii, construite à l'époque Artikude, 12e s.) connue pour son minaret aux motifs particuliers. A l'intérieur, les gens se pressent pour admirer et prier devant un poil de la barbe du prophète.



L'enfant du pays nous entraîne ensuite jusqu'à l'église de la Vierge Marie (Meryem Ana Kilesi). Construite à la demande du Patriarche Antun SEMHERI en 1895, cette église catholique Assyrienne surprendra chaque visiteur. Les portes sont closes mais le gardien des lieux qui habite à côté nous les ouvre, la taille de la vieille clé est vraiment impressionnante.


Eglise Meryem Ana

Néons roses, coussins barriolés : Je n'ai jamais vu d'église datant du 19e s. aussi kitch. Avant de partir, le gardien veut nous vendre du vin mis en bouteille dans des bouteilles de Rakı. Est-ce bien catholique tout cela ?! Même à 20 km de la Syrie, la Turquie n'a pas fini de nous étonner...



Nous traversons quelques bazars, les épices flamboient dans de gros sacs. On trouve de tout en quantité, notamment ces grains verts (qui ressemblent à du poivre) avec lesquels les turcs font le café menengiç, proche du café turc mais plus corsé. Nous admirons aussi une belle madrasa entièrement rénovée (Zinciriye), le long de notre chemin.



Nous passons devant la poste, ancienne demeure de la famille SAHTANA (1890). Comme la plupart des bâtiments anciens de la ville, l'édifice a été rénové grâce à des fonds provenant de l'Union Européenne. De nombreuses pierres sont sculptées, la vue sur la plaine syrienne est superbe et mérite qu'on l'immortalise.



La nuit tombe déjà et nos estomacs crient famine. Zekeriya nous emmène dans un petit restaurant tout proche qui ne paie pas de mine et nous trouvons une table libre en plein air. Nous commandons de l'ayran (yaourt à boire salé) que l'on sert dans un bol et que l'on boit à la louche. Les viandes grillées et les kebap sont délicieux, mais il faut noter une différence notoire par rapport à la cuisine d'Istanbul, c'est beaucoup plus épicé !



A table, nous écoutons les anecdotes des deux enfants du pays, Cemal nous fait rire en affirmant que les employés de la mairie de Mardin sont des ânes. A prendre au sens propre, attention ! Les rues sont tellement étroites et pentues que le camion poubelle a du mal à s'introduire partout, aussi, la mairie emploie des ânes pour améliorer la propreté de la ville. On raconte qu'ils sont tous immatriculés et que l'un d'entre eux a même reçu un PV... Burası Türkiye.


Cemal, Bariş, Başak, moi, Fred et Zekeriya

A la fin de notre repas, nous quittons Mardin et Zekeriya après une dernière balade dans la ville. Nous admirons de loin les lumières, qui scintillent sur ce flanc calcaire, et sous lequel doivent être enfouis encore bien des trésors...