Dès notre entrée dans ce village de Haute Mésopotamie, Başak met Frédéric en garde. Elle lui recommande de faire attention à son porte-monnaie, non pas qu’il y ait de nombreux pickpockets qui traînent dans les rues mais parce que Midyat est connu dans toute la région pour sa spécialité : L’argent, et plus précisémment les bijoux en filigrane (telkari).



Elle ne s'était pas trompée, la première rue dans laquelle nous pénétrons est bordée de boutiques de bijoux, et nous y passons tous quelques minutes pour remplir nos sacs de cadeaux. Le vendeur avec qui nous traitons porte une belle croix autour du cou, il est chrétien et fier de l’être. Il s’appelle Samuel mais sur sa carte d’identité est écrit un autre prénom, plus local.



Dans cette région, quatre langues se parlent : Le turc, le kurde, l’arabe et l’araméen. Les différentes communautés se côtoient sans conflit et se discernent souvent grâce à leurs coiffes, aussi variées en couleurs qu'en nouages.



Dans la rue, un enfant habillé chiquement vend des beignets gorgés de miel, à la vue des prix (25 kuruş l’unité) et de ses yeux charbons accompagnés d'un charmant sourire, je ne résiste pas à la tentation gourmande. Il m'enveloppe le tout dans un morceau de papier journal et je me régale de cette friandise si bon marché (0,12 centimes d'€).



Nous continuons notre route dans les rues de Midyat, en longeant les maison basses construites en pierres blanches et ocres. La plupart ont été restaurées, les portes sont peintes de différentes couleurs, j’ai l’impression de me promener dans le village d’Alaçatı, sept ans auparavant. Ici, les constructions de tailles importantes sont interdites, ce qui rend le tout préservé et typique ; Rien à voir avec les autres villages de Turquie sans âme et bétonnés de toutes parts.



Au dessus de la plupart des portes, des bouts de bois sont empilés. J’interroge Cemal sur ce fait, il m’explique que c’est pour empêcher les enfants de grimper sur les murs qui entourent les propriétés et pour éviter qu'ils ne se fassent mal en tombant. Nous parvenons devant une belle église syriaque, mais la porte est close.



Cemal tente de trouver la clé, il sonne chez les voisins, interroge les passants, personne ne nous donne la même version quant à l’heure d'ouverture de l'église, aussi nous poursuivons notre route, dans ce musée à ciel ouvert.



Nous arrivons devant un bâtiment magnifiquement rénové, la maison de Cevre Kültür evi (Maison de la culture et des traditions). Devant la porte, des enfants vendent des glaces et graines de pastèques grillées. Pour quelques kürüş là encore, on peut s'en remplir les poches sans scrupule.



Sur les murs, les noms et les numéros des rues sont peints, tout comme l’écriteau du Bakkal (épicier). Ce village est vraiment paisible mais les habitants assez pauvres, les enfants sont d'ailleurs nombreux dans les rues étroites et chaudes à jouer avec trois fois rien. Un pneu, un peu de sable, une petite roue en caoutchouc leur permettent de s’amuser et de rire avec allégresse. On est bien loin des enfants grandissant dans la modernité qui s’ennuient entourés de jeux électroniques, de livres et de jouets animés.



La région de Mardin et Midyat située proche de la frontière syrienne est appelée Tur Abdin (ou Tour Abdin) et signifie "la montagne des serviteurs de Dieu". Sur ces plateaux calcaires de Haute Mésopotamie vivaient autrefois (5e s.) plus de 90.000 moines syriaques répartis dans quelques centaines de Monastères. La plupart de ces édifices syriaques orthodoxes ont été détruits, mais quelques uns se visitent encore aujourd'hui.



Cemal nous tient d'ailleurs quelques propos au sujet du Monastère de Mor Abrohom et Mor Hobel situé à la sortie du village, aussi nous reprenons la route afin visiter ce joyau dont il nous parle, nouvellement restauré. Difficile cependant de laisser derrière nous ce beau village, son quartier chrétien, et les visages souriants et barbouillés des enfants. Il nous reste encore beaucoup à voir et à visiter, mais je sais déjà que Midyat est un des mes coups de coeur de notre voyage...

* Photos Fred et Marie-France