Hasankeyf, entre crue et pression
Par Marie-France, mardi 20 mai 2008 à 17:58 :: Turquie du Sud-Est :: #657 :: rss
Nous pensions ne pas pouvoir dormir toute la nuit entière, car dès notre arrivée à Diyarbakır vers 17h, les klaxons résonnaient déjà à travers les remparts de la ville. L’équipe de foot de cette ville de 900.000 habitants allait jouer un match décisif et accéder peut être à la 1ére division. En nous réveillant vers 7h après une nuit calme de sommeil, nous savions déjà, sans avoir allumé la TV de la soirée, que le match était perdu...
Les raffineries de pétrole sont nombreuses dans la région
Cemal, notre chauffeur de taxi et guide, nous attendait avec nos amis Başak et Bariş de pieds fermes. La première journée allait être longue et était programmée depuis longtemps par nos hôtes. Nous devions être à Mardin avant la tombée de la nuit et traverser Batman afin de visiter aussi Hasankeyf et Midyat.
Dès la sortie de la ville, je constate avec tristesse que toutes les routes de Turquie se ressemblent. Des espaces vides ponctués de tours colorées plantées au milieu de nulle part. Nous traversons des villages qui semblent n’avoir aucun passé. Tous les bâtiments sont neufs, pas de maisons basses, mais où sont passées les empreintes de l’histoire ? La France a su préserver sa mémoire, la Turquie non. Entre peuples nomades, invasions, tremblements de terre et cette croyance populaire qui dit que vieux est synonyme de vétuste; de nombreux monuments et bâtiments anciens ont été détruits. Les villages n’ont aucune âme, on dirait des parcelles de ville greffées à la campagne.
En arrivant à Hasankeyf, me voilà finalement soulagée, il reste heureusement quelques sites anciens préservés en Turquie. Ce village me rappelle un peu la Cappadoce, avec ses maisons troglodytes et ses reliefs particuliers.
Nous montons en haut de la falaise calcaire où se dresse les ruines du Petit Palais, construit au 14e siècle. Nous dominons le tigre (dicle), l’ancien pont (12e s), et la vieille ville. De là, on peut aussi apercevoir un nid de cigognes (leylek) apposé en haut du minaret.
Difficile d’imaginer qu’Hasankeyf pourrait un jour disparaître sous les flots dans le cadre du GAP (Projet de l’Anatolie du Sud-est) avec la construction du nouveau barrage d’Ilisu. Depuis plusieurs années, ce projet fait couler beaucoup d’encre et attire de nombreux touristes, d’ailleurs l’allée principale qui permet d’accéder aux édifices anciens a perdu tout son caractère.
Les associations sont nombreuses à s’opposer à ce projet et font pression sur le gouvernement turc, même des stars populaires (tel que Tarkan) se sont ralliées à la cause. Il serait désolant de voir la mosquée d'Ulu, l'oeuvre la plus ancienne de la période des Ayyoubides (1325), sous laquelle ont été découvertes des citernes pouvant contenir plusieurs centaines de tonnes d'eau, engloutie sous les flots.
La citadelle (13e s), modifiée au fil des ans par les différents chefs kurdes, n'est qu'une ruine plantée au dessus de la colline à quelques mètres des pierres tombales. La porte de la citadelle est toujours visible, on raconte que les habitants d'Hasankeyf croyaient autrefois que cette porte était magique, une fois franchie, tous les malheurs restaient extra-muros. Le mauvais sort ne passait pas la porte sacrée.
La chaleur est dense sur la falaise, la descente vers le parking se fait doucement, les pierres sont glissantes. Il est temps de continuer notre route vers Midyat en espérant pouvoir, un jour, revenir contempler la vallée du tigre et admirer les derniers fragments de son passé...
Commentaires
1. Le mercredi 21 mai 2008 à 14:37, par Mustafaaa
2. Le mercredi 21 mai 2008 à 17:23, par ysa
3. Le mercredi 21 mai 2008 à 19:16, par özgül
4. Le jeudi 22 mai 2008 à 12:53, par Ismail
5. Le jeudi 22 mai 2008 à 12:59, par laïka
6. Le jeudi 22 mai 2008 à 13:06, par Marie-France
7. Le vendredi 23 mai 2008 à 18:38, par Laïka
8. Le vendredi 23 mai 2008 à 20:43, par Nat
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