Une sortie comme celle-là, ça n’arrive qu’une fois dans l’année. Autant vous dire qu’il vaut mieux mettre en avant ses plus jolis attributs pour faire honneur à l’invitation de Monsieur.
Une belle robe, un peu de rose sur les joues et le tour est joué. Avant de partir, ne pas oublier un détail de mise, j’ai nommé le summum de la féminité : Des talons aiguilles. Me voilà donc perchée sur neuf centimètres - soit une hauteur encore raisonnable - prête à aller dîner en tête à tête avec mon amoureux, par une belle soirée de printemps. Mes souliers pointus sont confortables aussi j’accepte, avec plaisir, l'invitation à marcher un peu, afin de rejoindre le restaurant.



Une brise légère nous accompagne, alors que nous nous trouvons devant une petite côte un peu trop pentue. Je m’accroche au bras de mon gentleman afin de briguer un peu d’aide dans cette ascension difficile. Heureusement, cette dernière n’est pas longue et je finis déjà par apercevoir Istiklal Caddesi. Une avenue plate, exactement ce qu’il me faut pour marcher à mon aise. Arrivée sur la rue, je fais moins la fière. Entre pavés, rails du vieux tramway, foule, bouches d'égoût, du plat m’attend certes, mais du plat en relief. Par deux fois, à cause des trous urbains, je manque de me tordre la cheville ou de casser un des mes talons en deux. Je n’ai d’yeux que pour le sol et me concentre tant bien que mal sur ce parcours du combattant. Plus que 400 mètres à parcourir, il faut tenir bon… Et tenir droite !



Après 15 minutes à crapahuter, et une belle pente descendue à tous petits pas, j’arrive enfin dans ce restaurant qui vient d’ouvrir où Frédéric a fait une réservation pour deux. Je peux respirer tranquillement, et marcher avec aisance en pénétrant dans ce lieu où la vue est à couper le souffle. Mais soudain, je m’arrête net car j’aperçois devant moi du parquet. Pas de chance, les planches ne sont pas bien serrées et je me remémorre alors un épisode de l’été dernier, lorsqu’une jeune femme s’était coincée le talon en plein milieu d’un restaurant de l’île artificielle de Suada. Deux serveurs avaient dû l’aider, en lui tirant la jambe, pour la délivrer de son piège…
Non, pas question de vivre la même chose le soir de mon anniversaire ! Aussi, je rejoins notre table sur le pointe des pieds (je vous défie de faire la même chose perchée sur neuf centimètres).

Que celles qui arrivent à marcher en talons aiguilles toute une journée en arpentant les collines cabossées me jettent la première pierre. Grâce à mes talons hauts (qui ne sont prêts de ressortir du placard) j'ai enfin compris une chose existentielle le soir de mes trente et un ans : Istanbul a été construite par des hommes... Et pour les hommes.

Les dernières photos ont été prises dans le restaurant Topaz, où nous avons diné lundi soir. Un peu haut de gamme (les prix sont élevés), cuisine créative s'inspirant de quelques mets ottomans, le tout réalisé par un Chef Grec.

Topaz
Inönü Caddesi no 50
Gümüşsuyu - Istanbul
Tel : 212 249 10 01
www.topazistanbul.com