Istiklal Caddesi
Par Marie-France, jeudi 27 mars 2008 à 11:07 :: Istanbul :: #620 :: rss
Pendant un centième de seconde, devant le Consulat Français, j’hésite à m’élancer dans cette artère mais celle-ci finit par m’aspirer. Je pénètre ainsi dans la foule dense et compacte comme on se ferait prendre au piège dans un tourbillon. L’horizon est rempli de têtes brunes qui se croisent et se décroisent, qui s’évitent, qui se bousculent, je suis enivrée par la cohue. Sur les pavés d’Istiklal Caddesi, la jeunesse d’Istanbul se meut comme un troupeau de brebis hypertrophié.
Qui peut prétendre connaître Istanbul s’il n’a pas piétiné au moins une fois dans sa vie sur les pavés de cette grande artère piétonnière ? Ne cherchez pas du côté de Sultanahmet ou de kadıköy, Istanbul n’a qu’un coeur qui bat.
Son ventricule gauche est composé de boutiques, de restaurants, de cafés, de passages et de vendeurs ambulants. Son ventricule droit rassemble des hommes et des femmes de tous styles, des enfants, des touristes insatiables, des gens enchevêtrés.
De cette avenue de Beyoğlu s’émane une mélodie particulière et enigmatique qui fusionne avec des atomes d’odeurs hétérogènes. La cloche du vieux tramway rouge et blanc flirte avec les rythmes des darbuka. Les odeurs de marrons grillés embrassent les cous parfumés des travestis. Cheveux en l’air, crêpés, cheveux recouverts d’un carré de soie, mini-jupes ou longs manteaux : Istiklal Caddesi est à elle seule un échantillon de la Turquie et de ses contradictions.
Indépendance (traduction d'Istiklal) est le nom qu’elle arbore fièrement les après-midis de manifestation, lorsque les policiers armés encadrent en surnombre les turcs qui défilent en criant.
Reliant Taksim à Tünel, cette avenue est comme un layon : chaque homme peut s’y sentir perdu et peut s’y ressourcer en même temps. L'insomnie l'a frappée depuis plus de cinquante ans, à chaque heure du jour ou de la nuit, elle bout, elle s'apaise, elle frétille, elle vit. Elle se déroule tout en longueur entrainant avec elle la movida turque et quelques désoeuvrés. Sous chacune de nos enjambées, le sol vibre, nos âmes se perdent, nos esprits s'évadent, notre corps se saoule de toute cette masse humaine épaisse comme l'hémoglobine.
Marcher sur les pavés d'Istiklal Caddesi c'est finalement s'introduire dans l'artère la plus célèbre de la ville, s'immiscer corps et âme dans le myocarde d'Istanbul.
Commentaires
1. Le jeudi 27 mars 2008 à 13:04, par Vincent
2. Le jeudi 27 mars 2008 à 14:59, par Chams
3. Le jeudi 27 mars 2008 à 22:43, par özgül
4. Le jeudi 27 mars 2008 à 22:55, par belkis
5. Le vendredi 28 mars 2008 à 00:52, par bonjour de france
6. Le vendredi 28 mars 2008 à 21:32, par Nat
7. Le samedi 19 avril 2008 à 20:20, par Tietie007
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