La vie est parfois singulière : On peut côtoyer des gens des années sans qu’ils nous laissent des traces ou bien croiser une personne quelques heures et s’en souvenir une vie entière. Un geste, une parole, un simple sourire ou encore même une larme peuvent vous marquer d’une empreinte indélébile.



Un jour le téléphone sonne et la voix que vous entendez vous émeut. Elle vous replonge dans un coin isolé de la Mer Noire... Au bout du fil, Meçit, cet homme plein d’énergie au regard vif qui nous avez reçus chez lui dans son village d’Olucak cet été. Nous savions que lui et sa femme allaient rentrer sur Istanbul pour l’hiver et nous leur avions promis d’aller les voir. L’invitation était lancée.
Ce dimanche, c’est Kenan, un des cinq enfants de Meçit qui est venu nous chercher à la gare de Bayram Paşa.
Dans la voiture, Kenan commence par nous dire que ses parents lui ont beaucoup parlé de nous, et que son père et sa mère considèrent à présent qu’ils ont 7 enfants, : leur 5 enfants plus Frédéric et moi. Arrivés à l’appartement, les retrouvailles sont riches en émotions, nous retrouvons Meçit et son épouse comme le jour où nous les avions laissés : Plein d’entrain, la mine rosée. Ils nous serrent plusieurs fois dans les bras et Meçit prononce chaleureusement Kızım (ma fille) en m'étreignant. Autour d’eux, leur fils, son épouse et leurs trois enfants nous accueillent avec autant d'enthousiasme.



Nous leur offrons quelques cadeaux qu’ils jettent dans un coin de la pièce. Le ton est donné : Ce n’est pas nos offrandes qui les intéressent, c’est nous. On nous sert le thé, des çiğ börek (chaussons frits) au fromage ainsi que des gâteaux. J’apprends que Meçit et sa femme ont 15 petits-enfants et 4 arrières-petits-enfants. On discute pendant des heures tout en prenant des nouvelles des gens du village. La télé est allumée dans un coin du salon mais personne ne la regarde, elle sert de bruit de fond comme dans beaucoup de maisons turques quand des invités sont là.



Vient ensuite les surprises : des noisettes de la Mer Noire qu’ils cassent devant nos yeux. Nous sommes touchés par les soins qu’on nous porte, toute cette gentillesse nous émeut. Frédéric et moi comprenons l’essence même du mot misafirlik.

Il est écrit dans le Coran que refuser de donner l'hopsitalité à des gens est le plus grand des crimes. Nous en avions déjà eu une belle illustration en Mer Noire, et il suffit que je mette les pieds dans une famille turque qui a peu de moyen pour que je me rende compte qu’il n’y a pas plus gentil et accueillant que le peuple turc. L'hospitalité agit ici comme un baume au coeur : Inutile d'aller chercher plus loin le remède à tous nos maux...