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Du miel aux épices d'Istanbul...

jeudi 31 janvier 2008

DICE KAYEK

Gianni et Donatella VERSACE, Domenico DOLCE et Stefano GABBANA, Dean et Dan CATTEN... La mode serait-elle une affaire de duo ? Les deux soeurs Turques, Ece et Ayse EGE, n’échappent pas à cette régle et ont eu raison de rassembler leur talents et leurs compétences en 1992 en créant la marque DICE KAYEK. Premier mini-défilé à Paris couronné par les professionnels de la mode, première boutique dans le quartier du Marais, il n’est pas surprenant de constater l’ascension de cette marque de haute couture et de prêt-à-porter sur l’hexagone et à l’international depuis plus d'une dizaine d'années.



Grâce à Gwyneth PALTROW, à Uma THURMAN ou encore grâce à Sofia COPPOLA, les créations d’Ece EGE sont portées devant les projecteurs. Chaque nouvelle collection est attendue avec impatience. Bercée entre l’ex-Empire Ottoman et les maisons de couture parisiennes, Ece est une styliste multiculturelle. Les silhouettes de ses vêtements sont féminines sans pour autant être vulgaires, les teintes sont neutres mais lumineuses, les matières ne sont jamais disparates. Lignes pures et graphiques : Le père Joaillier de ces deux femmes leur aura transmis l’art du beau et de la finesse.



Mais comme chacun le sait, nul n’est prophète en son pays... Et il aura fallu attendre l'année 2007 pour que les créations de DICE KAYEK soient en vente en Turquie, dans le magasin de luxe Harvey NICHOLS. Cependant, nul besoin d'aller user vos talons hauts sur le bitume si vous souhaitez acquérir quelques jupes ou robes de la créatrice, vous trouverez aussi quelques modèles en vente sur Internet.

mercredi 30 janvier 2008

Istanbul de neige



Alors que je publie cette photo sur mon blog, je contemple devant moi le Bosphore, pris sous une tempête de flocons. De la neige aux portes de l’Orient ? Quel beau paradoxe...
Et pourtant, malgré le froid et tous les problèmes que cela engendre (glissades, trafic, pannes d’électricité), comment rester de marbre devant un paysage aussi troublant : La neige tombant sur les flots.
Istanbul est une ville bipolaire qui se transforme au fil des saisons. Chaque jour elle nous montre une nouvelle facette de sa personnalité et actuellement, Istanbul n'a jamais été aussi déconcertante.

La photo a été prise dans le quartier de Bebek. La chanson qui suit est interprétée par Serdar ORTAÇ, le titre veut dire "Ange" (Melek).

mardi 29 janvier 2008

Travailler plus pour gagner moins

Lorsque je parle à mes amis turcs des 35 heures en France, ils n’en reviennent pas. Je dois presque les pincer pour leur montrer qu’ils ne rêvent pas. Je passe bien souvent pour une détraquée, ayant abandonné tous ces beaux avantages français : La sécu, les RTT, les longues semaines de vacances annuelles.


Nombreux sont ceux qui pratiquent le commerce ambulant

Dernièrement, j’ai passé un entretien d’embauche pour un poste qui m’aurait vraiment interessé, malheureusement je n’ai pas eu la place. Puis, j’ai appris que la personne qui avait eu le poste dont je rêvais n’était autre qu’une amie d’un ami. J’ai su qu’elle travaillait 7 jours sur 7 de 8.30 du matin à 22h. Comme quoi, quand les choses ne se font pas comme on le voudrait, c'est qu'il y a une bonne raison...

Des cas comme ça ne sont pas rares en Turquie. Les gens font des semaines de plus de 50 heures pour 350 € par mois (le smic ici), voir moins. Emplois précaires non déclarés et sans couverture sociale, même si la vie est moins chère qu’en France, essayez de louer un appartement près du centre et de faire vivre une famille nombreuse avec ce salaire là... Le samedi n'est pas chômé pour un bon nombre de turc et le dimanche on voit souvent des ouvriers travailler dans les chantiers ou le long des routes. D'ailleurs inutile de préciser que la plupart des boutiques sont ouvertes 7 jours sur 7.


A la tombée de la nuit, la journée de travail est loin d'être terminée

Les patrons sont nombreux à promettre monts et merveilles, primes, vacances. Mais comme tout est dit oralement ici (les embauches se font souvent sans contrat) impossible ensuite d’aller revendiquer ce qui vous est dû. Dur d’être un salarié en Turquie, d'autant plus que la reconnaissance pour le travail bien fait est rare. Merci est un mot qui ne figure pas dans le vocabulaire des patrons. Le seul avantage ici concerne les impôts : Ils sont prélevés à la base. Etant donné que les entreprises ne déclarent pas la totalité du salaire qu'elles versent aux salariés (une partie étant donnée en cash), le travailleur est moins taxé.

Ici les gens travaillent tellement qu’ils se sentent coupables de quitter les bureaux avant 18h même si le travail est fait. Certains de mes collègues restaient travailler tard, mais je me suis rendue compte qu'ils passaient en fait leur temps à jouer aux cartes sur leur ordinateur histoire d’avoir la conscience tranquille.

Plus je connais la réalité du monde du travail ici, plus je me dis que je vais avoir du mal à changer d'entreprise un jour. La dernière fois un de mes clients turcs m’a fait l’éloge de sa profession. Il était fier de me dire qu’il aimait son boulot et qu’il lui était dévoué corps et âme. Il était capable de venir travailler si on l’appelait pour une urgence même à trois heures du matin. Non, ce n’était pas un médecin urgentiste, juste un işkolik (drogué du travail). J’avais pitié pour lui : Oui, c’est bien d’aimer son emploi, je souhaite que ça m’arrive à moi aussi un jour. Mais délaisser sa famille et n’avoir aucune passion ni aucune vie sociale en dehors de son bureau, c’est bien triste.
Ça s’appelle perdre sa vie à vouloir la gagner...

lundi 28 janvier 2008

Contemplation



Au loin, le Palais de Topkapı, la Basilique Sainte Sophie et la mosquée de Sultanahmet.

vendredi 25 janvier 2008

Kalpsız

Kalpsız (sans coeur), c'est le single rock interprété par le Groupe Badem et Özlem TEKIN. J'ai eu l'occasion de me retrouver deux fois auprès de cette chanteuse turque qui a vécu une partie de son enfance aux USA, elle est très proche d'un de mes amis. Elle a une voix magnifique et est très accessible. Elle a joué dernièrement aux côtés de Cem YILMAZ, ainsi que dans la comédie musicale Mucizeler Komedisi que j'ai vue en 2006. J'ai trouvé qu'elle était tout simplement sublime, une comédienne et une artiste talentueuse qui sait rester simple et modeste. En attendant de la revoir sur les planches, je vous laisse écouter cet excellent single.



jeudi 24 janvier 2008

Le rendez-vous manqué



Photo prise du pont de Galata,
Face à cette jeune femme, l'Asie Mineure.

Et bien sûr, je n'oublie pas la petite musique pour rythmer la journée :

mercredi 23 janvier 2008

Tous ces petits mots doux

Il arrive certains soirs où je ne parle le turc que sous la torture, je n’arrive plus à aligner trois mots. Mon cerveau est fatigué d’opérer ce mécanisme linguistique qui consiste à inverser les règles de la grammaire française, à penser comme un turc, donc à ne pas traduire mot à mot du français au turc. Cependant, même quand je dois puiser au fond de mes neurones, je suis heureuse que ma langue maternelle ne soit pas celle qui soit parlée autour de moi actuellement.
J’aimerais parfois ne jamais avoir entendu parler le français et arriver sur l’hexagone comme pousserait une herbe verte sous la Tour Eiffel. J’aurais alors le recul nécessaire pour pouvoir juger la langue de Molière, et affirmer si c’est une jolie langue à l’écoute ou non.



En Turquie, voilà un de mes plaisirs sonores intarissables. Je me souviens encore de la première fois où des sons turcs sont arrivés jusqu’à mes deux oreilles. J’étais alors âgée de 22 ans et j’ai pensé que cette langue était très jolie, agréable. j’ai trouvé qu’elle ressemblait au portugais, avec des che, des a et o partout. Ainsi, on aura beau me traiter ici de tous les noms d’oiseaux et de m’agonir des pires injures, ces mots ne seront toujours pour moi que des mots, que des syllabes et des voyelles qui carillonnent en dansant la farandole.

Prenons par exemple la locution kapa çeneni (kapa tchénéni). N’est-ce pas une jolie expression remplie d’exotisme ? A l’oreille, ça sonne plutôt bien, c’est même rigolo. Pourtant la signification en est tout autre, cela signifie ferme-la ! Je vais me permettre d’être un peu vulgaire à présent, en considérant cette fois le mot orospu. A prononcer Orospou. C’est plutôt doux comme son, ça a même une résonnance slave. Pourtant, en Turquie, ça veut dire putain.



Je dois avoir l’esprit un peu obtus car quel bonheur de trouver autant de poésie dans des insultes ! Les gros mots turcs ne resteront à jamais pour moi que des jolis mots, sans aucune réelle signification, même si ces derniers sont prononcés avec haine et aversion. De ce fait, quand j’insulte quelqu’un ici, je le fais toujours en français, peu importe si la personne en face de moi ne comprend rien. Quand la colère est là, je passe en mode automatique, le français surabonde de ma bouche comme le Bosphore se déverse dans la Mer Noire.

Et quant aux vrais mots doux, ceux qui permettent de décrire des sentiments profonds, ben seni seviyorum (bén séni séviyoroum) ne vaudra jamais, acoustiquement parlant, un simple je t’aime. Heureusement que les peuples - depuis la nuit des temps - disposent d'un langage universel pour se comprendre sans se parler : le langage du coeur.

mardi 22 janvier 2008

Zencefil

Bien que les turcs soient des carnivores qui se nourrissent de köfte (boulettes de viande), de tavuk şiş (brochettes de poulet), et de kebap, on peut s’attabler dans de très bons restaurants végétariens. Il y en a un que j’aime tout particulièrement, il s’appelle zencefil (ça veut dire gingembre en turc), sa carte est variée, son cadre est agréable et les produits cuisinés sont issus de l’agriculture biologique.



En attendant que vos plats soient servis, vous pourrez déguster quelques tartines de pain de maïs agrémentées de beurre aux herbes. Ensuite, vous aurez l’occasion de faire votre choix parmis de nombreux plats tels que des épinards au four, une tarte aux champignons, des boulettes de lentilles corail ou encore des salades composées. Et comme boisson, je vous recommande le vin aux cerises (vişne şarabı) qui s’accompagne très bien avec ce genre de mets. Pour le dessert, vous prendrez bien une part de tarte au chocolat ou tarte au potiron ?



Zencefil café / Restaurant
Kurabiye Sok. No:8A
Beyoğlu – Taksim
(c’est à quelques mètres du Consulat Français)
Tel: + 90 (212) 244 40 82

lundi 21 janvier 2008

Risques acrobatiques


Photo prise à Nişantaşı
Lors de l’ouverture officielle du centre commercial CITY'S



Selon le Turkish Daily News, il existe 178 centres commerciaux en Turquie, dont 58 situés à Istanbul. 77 sont actuellement en construction. Trop proches les uns des autres, trop fréquents dans le paysage urbain, très vite obsolètes : Pour un bon nombre d’entre-eux, l’avenir est sombre, ils ont du mal à générer des bénéfices et risquent d’être transformés en hôpitaux ou en écoles dans les prochaines années à venir.

vendredi 18 janvier 2008

Flamenturco

Voilà deux jeunes artistes qui iront loin. Öykü et Berk GÜRMAN, qui sont passionnés de musique depuis leur plus jeune âge, viennent de sortir leur premier album : Du flamenco chanté en turc. A la télévision ici, on ne voit plus qu'eux. Deux belles voix pour nous faire vibrer et danser...

jeudi 17 janvier 2008

Invitation au voyage et à la volupté...

J’avoue que j’étais plutôt impatiente de le connaître ce soir là. Comment vous dire... Un sentiment de curiosité mêlé à de l’effervescence. En premier lieu, j’ai été séduite par son costume : Sobre et distingué à la fois, un mélange d’azur et de chocolat. Une fois qu’il a laissé son écrin, j’ai découvert sa peau lisse, brillante et sa taille fine. Qu’il avait belle allure. Le son de sa voix était aquatique, son parfum était vraiment délicat. Après avoir passé quelques minutes avec lui, je ne pouvais déjà plus m’en défaire : J’étais tombée sous le charme. De par son aura et grâce à ses effluves de pomme et d’épices mélangées, il m’a totalement envoûtée. Le temps passé avec lui était une véritable invitation au voyage et à la volupté, une odyssée jusqu’au spleen de l’Orient.

En me séparant de lui, je n’avais qu’une idée en tête, le ramener à la maison. Mais comment allait réagir Frédéric ? Me laisserait-il passer du temps avec lui ? Voudrait-il faire ménage à trois ? Sa réaction fût imprévisible, il me sourit et me dit oui. J’allais enfin pouvoir ramener ce narghilé de luxe à la maison...


Le Naghilé "Pure" en étain poli ou en plaqué or 18 carats

Tout commence par un déplacement professionnel. Eric GORMAND se rend au Moyen-Orient et goûte pour la première fois au narghilé. Il est séduit et veut s’en offrir un de qualité, comme on ramènerait un trophée de voyage. Cependant, il s’aperçoit très vite qu’il n’existe sur le marché que des narghilé bon marché. Pourquoi ne pas en créer l'objet qu'il recherche en vain ? L’idée est lancée, Eric et son épouse Emmanuelle s’engagent alors dans cette aventure et créent la société AIRDIEM, et c'est Nedda EL-ASMAR qui aura l'honneur de reconsidérer le design de cet objet vieux de 500 ans.


Eric et Emmanuelle GORMAND, les fondateurs d'AIRDIEM

Saviez-vous que fumer une pipe à eau dans un des cafés d’Istanbul équivaut à avaler les toxines d’un paquet de cigarettes ? Le narghilé dont je vous parle a été conçu avec minutie afin que le plaisir ne soit pas synonyme de nocivité. La qualité est au rendez-vous : Les matérieux qui le composent sont résistants à la chaleur, le brûleur est en céramique high-tech. Le tabac (Tabamel) est constitué à 80 % de marmelade de fruits, de miel et de sucre : On en mangerait tellement ce mélange sent bon.

Dans l’eau, il est possible de rajouter des d’huiles essentielles, ainsi vous pourrez fumer un narghilé pomme-cannelle-clou de girofle. Ayant testé les narghilés bas de gamme et ce narghilé de luxe, je peux vous dire que la différence au goût est incontestable. Les narghilés d'AIRDIEM ne se fument pas : Ils se dégustent. De même, étant donné que vous recrachez de la vapeur d’eau, il n’y a pas de fumeurs passifs autour de vous. Fumer un narghilé est un plaisir hédoniste, occasionnel, on ne développe pas des pathologies propres au tabac.


Narghilé en verre soufflé et son sac de voyage (écrin)

AIRDIEM propose une gamme variée de narghilés (en étain poli, en plaqué or 18 carats, tuyau en vison) mais conçoit aussi des meubles et accessoires de fumoir et de voyage.

Le luxe et la qualité ont un prix certes. Le narghilé "Pure" est un noble objet de design qui est d’ailleurs exposé dans un musée. Elégant et délectable à la fois : Je m’imagine déjà dans mon bain chaud, dégustant mon narghilé de luxe comme certain savourerait... leur amant.

mercredi 16 janvier 2008

Misafirlik

La vie est parfois singulière : On peut côtoyer des gens des années sans qu’ils nous laissent des traces ou bien croiser une personne quelques heures et s’en souvenir une vie entière. Un geste, une parole, un simple sourire ou encore même une larme peuvent vous marquer d’une empreinte indélébile.



Un jour le téléphone sonne et la voix que vous entendez vous émeut. Elle vous replonge dans un coin isolé de la Mer Noire... Au bout du fil, Meçit, cet homme plein d’énergie au regard vif qui nous avez reçus chez lui dans son village d’Olucak cet été. Nous savions que lui et sa femme allaient rentrer sur Istanbul pour l’hiver et nous leur avions promis d’aller les voir. L’invitation était lancée.
Ce dimanche, c’est Kenan, un des cinq enfants de Meçit qui est venu nous chercher à la gare de Bayram Paşa.
Dans la voiture, Kenan commence par nous dire que ses parents lui ont beaucoup parlé de nous, et que son père et sa mère considèrent à présent qu’ils ont 7 enfants, : leur 5 enfants plus Frédéric et moi. Arrivés à l’appartement, les retrouvailles sont riches en émotions, nous retrouvons Meçit et son épouse comme le jour où nous les avions laissés : Plein d’entrain, la mine rosée. Ils nous serrent plusieurs fois dans les bras et Meçit prononce chaleureusement Kızım (ma fille) en m'étreignant. Autour d’eux, leur fils, son épouse et leurs trois enfants nous accueillent avec autant d'enthousiasme.



Nous leur offrons quelques cadeaux qu’ils jettent dans un coin de la pièce. Le ton est donné : Ce n’est pas nos offrandes qui les intéressent, c’est nous. On nous sert le thé, des çiğ börek (chaussons frits) au fromage ainsi que des gâteaux. J’apprends que Meçit et sa femme ont 15 petits-enfants et 4 arrières-petits-enfants. On discute pendant des heures tout en prenant des nouvelles des gens du village. La télé est allumée dans un coin du salon mais personne ne la regarde, elle sert de bruit de fond comme dans beaucoup de maisons turques quand des invités sont là.



Vient ensuite les surprises : des noisettes de la Mer Noire qu’ils cassent devant nos yeux. Nous sommes touchés par les soins qu’on nous porte, toute cette gentillesse nous émeut. Frédéric et moi comprenons l’essence même du mot misafirlik.

Il est écrit dans le Coran que refuser de donner l'hopsitalité à des gens est le plus grand des crimes. Nous en avions déjà eu une belle illustration en Mer Noire, et il suffit que je mette les pieds dans une famille turque qui a peu de moyen pour que je me rende compte qu’il n’y a pas plus gentil et accueillant que le peuple turc. L'hospitalité agit ici comme un baume au coeur : Inutile d'aller chercher plus loin le remède à tous nos maux...

mardi 15 janvier 2008

Attention au chat...



Pêcheur d'Eminönü

lundi 14 janvier 2008

Clair obscur



Mosquée du Sultan Ahmet (Sultanahmet Camii) à la tombée du jour.

Et quelques percussions pour commencer la semaine en rythme :

vendredi 11 janvier 2008

Vache à lait

Je pense très sérieusement coudre une poupée vadoue dans laquelle je planterai sans complexe une vingtaine d’aiguilles. Je lui mettrais une blouse verte et une fraise dans la main. Elle ressemblerait à mon dentiste...



On oublie souvent de le dire, mais la plus grande difficulté quand on s’expatrie n’est pas d’apprendre la langue mais de trouver de bons médecins. Des praticiens avisés en qui vous pouvez avoir confiance et qui parlent une langue étrangère : Tout un carnet d’adresses à refaire.

A chaque fois que je passe la porte d’un médecin en Turquie (ce qui arrive très rarement heureusement), j’ai toujours peur de la suite des événements. Non pas qu’ici les médecins soient mauvais, ils sont aussi diplômés qu’en France et sont très compétents, mais le fait est qu’ils nous voient comme des vaches à lait : Etrangers, par ici la monnaie !
Vous l’ignoriez ? Lisez donc la suite....

Une fois, je me suis réveillée avec un oeil au beurre blanc, un oeil gonflé comme si j’avais pris trois punchs en pleine figure mais sans les bleus bien sûr. Je ne savais pas où aller. Des amis turcs me conseillent une clinique spécialisée pour les yeux. Je m’y rends et un médecin me reçoit rapidement. Il m’examine et me fait passer tout un tas de tests (tension des yeux, etc) avec des grosses machines. Je commence à me dire que ça a l’air grave vu tout ce que l’on me fait subir. Après une heure d’examens poussés, le verdict tombe :
- C’est de l’eczéma, passez juste un peu de pommade Mademoiselle.
Inutile de vous dire que l’addition fût salée. Oui, j’ai une protection sociale ici (CFE) mais je précise que je dois avancer tous mes frais avant d’être remboursée.

J’ai poussé mi-décembre la porte d’un cabinet de dentistes pour une molaire cassée. Après l’examen de ma radio dentaire, le dentiste a pris un air grave, il m’a expliqué qu’il fallait m’arracher mes 4 dents de sagesse, enlever 3 dents pour faire un bridge car ma dent était perdue.
- Vous ne pouvez pas m'arracher que la dent cassée Mr le dentiste ?
- Hayır, olmaz ! (non impossible) me répondit-il.
7 dents arrachées au total, à 30 ans ça fait mal. Je lui ai demandé s’il collectionnait les molaires. Heureusement avec ses outils dans ma bouche, il n’a pas compris mon commentaire humoristique qui ressemblait fort à un borborygme. Il voulait commencer les soins tout de suite, j’ai refusé prétextant partir en France rapidement et j’ai demandé une facture proforma (chose qu’il faut toujours faire en Turquie avant d’avoir des surprises à la caisse !). Je suis sortie avec la mine déconfite voyant le prix que ça allait me coûter. J’étais complétement anéantie. A ce prix là, autant m’arracher les dents moi-même avec un fil autour d’une poignée de porte !

Heureusement, ayant toujours mes dents du fond, j’ai pris la sagesse de demander conseil auprès de ma famille en France. Le dentiste de mon père a été formel : On ne fait plus des bridges depuis longtemps, il vaut mieux un implant. Pas besoin non plus d’arracher des dents de sagesse si elles ne sont pas de travers et si elles ne sont pas douloureuses.



De retour sur Istanbul après les fêtes de fin d'année, je vais donc voir un autre dentiste car l’histoire ne s’arrête pas là : Deux avis valent mieux qu’un. L’homme qui me reçoit est très gentil, il m’a été recommandé par une amie. Il me dit qu’il peut me faire un implant et qu’il faut arracher 2 dents de sagesse. Je lui demande une facture proforma. Il semble surpris mais la réalise à la main, et tout en le voyant pianoter sur sa machine à calculer, je vois la note s’allonger. Je ressors du cabinet avec une facture encore plus elevée que la première alors qu’elle comprend deux fois moins de soins. Le soir, grosse déprime, j’en ai marre qu’on me prenne pour une vache à lait. Sous pretexte que je suis étrangère, ils en déduisent que j’ai les poches pleines. Ici les médecins vous poussent à la consommation, ils doivent avoir des belles primes des sociétés pharmaceutiques et des cliniques.

Saviez-vous que la plupart des femmes accouchent sous césarienne en Turquie ? C’est sûr, moins de risque pour le bébé, mais c’est surtout facturé comme une opération chirurgicale alors qu’un accouchement normal non !
Un petit rhume : Paf, sous antibiotique. En Turquie, essayez de chercher un ostéopathe ou un homéopathe... Alors qu’en France on essaie de moins médicamenter les patients, d’utiliser des méthodes naturelles et saines, ici c’est l’inverse. La santé est un véritable business. Pour le moindre petit bobo, on sort son bistouri.

Mais revenons à nos molaires si vous le voulez bien. Qui choisir ? Un dentiste malhonnête ou un dentiste avide d’argent ?



Je décide donc d’aller voir un autre spécialiste. Vous connaissez le proverbe : Jamais deux sans trois. C’est une femme, recommandée par un ami une fois de plus. Son approche est complétement différente. D’entrée elle m’explique les soins qu’il faut apporter et me demande de la mettre en contact avec mon dentiste français. Elle pense que je veux me faire soigner là-bas. Elle me donne une version totalement aux antipodes des deux dentistes que j’avais rencontrés. Elle ne parle pas de mes dents de sagesse. En ce qui concerne les soins, la durée d’attente, la médication, tout est différent. Quand elle me donne ses tarifs, je suis prête à lui sauter au cou, mais je m’abstiens. Elle aura en compensation mon sourire, celui que j’avais perdu en broutant dans les prairies verdoyantes de ses collégues turcs.

Toutes les photos ont été prises dans la région de la Mer Noire

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