6h15. Le réveil sonne.
Une force indescriptible me hisse hors du lit. Les yeux remplis de brume, je me laisse guider jusqu’à la salle de bain, puis jusqu’à ma chambre. J’enfile mes vêtements, mon bandeau et mes baskets. J’attrape mon téléphone portable, mes clés et je me précipite hors de chez moi.
Le frais matinal fait office d’un bon expresso : réveil garanti. Je descends ma rue, traverse la route et me voilà le long du Bosphore.



Quelques étirements rapides, je regarde ma montre : 6h30. Je m’élance.
Mon corps se ranime peu à peu, mes pas sont légers, je me sens portée entre la douceur de l’aube et celles des flots. A cette heure là, pas grand monde dehors, il fait pourtant bien jour. Mon corps se tonifie, mon esprit se libère, tous mes sens sont en éveil. Une sensation de flotter dans l’air, d’être profondément libre. Un bol d’iodes vaut tous les petits déjeuners du monde. Je suis à jeûn, je cours le ventre vide, mais je me sens si bien.

Et dire que je detestais courir avant. A l’épreuve du bac, j’ai même arrêté de courir au bout de 15 minutes. Ça m’a valu un zéro pointé. La honte assurée. Mais courir en rond dans un stade, c’etait pathétique... Et puis il aura fallu attendre un déclic. Ce jour où une société qui m’employait m’a envoyée faire un salon pour handicapés. Trois jours au milieu des fauteuils roulants, des histoires tragiques de ces accidentés qui ont pourtant retrouvé la force de vivre.
En face de mon stand, un ancien coureur de marathon qui avait fait une mauvaise chute au ski. Depuis, plus la possibilité de se resservir de ses deux jambes.

Je repense alors à tous ces jours où j’ai eu la flemme d’aller m’entraîner, à ce jour où j’ai filé dans les vestiaires avant la fin de la course alors que ma note comptait pour mon diplôme de fin de lycée. Depuis je me suis remise à courir parce que je me suis dit qu’un jour, si je me retrouve dans un fauteuil roulant, alors je regretterai de ne pas l’avoir fait avant. Il a fallu trouver les bonnes horaires, les bonnes chaussures. Et depuis, j’adore ça. Surtout avec le retour des beaux jours sur Istanbul.

Après 50 minutes de course, et quelques étirements, je me sens ressourcée et pleine d’énergie pour attaquer le journée. J’arrive au boulot avec une pêche d’enfer.
Et le comble de tout ça, c’est qu’à présent, je n’ai même plus envie d’aller m’enfermer dans une salle pour y boxer...